Louis Nucéra, surtout connu pour avoir écrit Le Chemin de la lanterne qui lui valut le prix Interallié en 1981, a également écrit des livres sur ses deux grandes passions qui furent les chats et le cyclisme, ainsi qu'un livre de souvenirs sur la grande amitié qui le liait à Georges Brassens.

Louis Nucéra, niçois de naissance et amoureux de sa ville, y a très tôt exercé divers métiers avant de devenir journaliste et 'd'émigrer' à Paris en 1964 pour travailler comme directeur littéraire aux éditions Lattès. Ecrivain confirmé et couronné par l'Académie française, il a également été auteur de films télé.

      
Louis Nucéra, prix Interallié 1981, Grand prix de littérature de l'Académie française 1993

Le Chemin de la lanterne
Ce chemin, Louis Nucéra le parcourt avec son vieil oncle Antoine -Antonio Genaro- âgé de 88 ans- qu'il vient parfois voir à Nice parce qu'il n'a plus que lui et qu'il le berce de ses souvenirs, même s'ils sont souvent tristes de son grand amour disparu trop tôt et de la Grande Guerre dont il est revenu indemne, au moins physiquement.

Rose son grand amour disparu est bien loin maintenant, toujours aussi présente, cachée au fond de sa mémoire et l'auteur est plein de nostalgie pour ce passé où vit le vieil homme.

Louis Nucéra rencontre Georges Brassens quand il l'interview à la fin d'un récital en 1954. Le courant passera très vite entre eux, Brassens l'invite à dîner et c'est le début d'une grande amitié.
Pour lui, Brassens est un refuge, un havre de paix et il le considère comme un grand poète, ce que peu de gens reconnaissaient alors. Ce livre est bâti sur un ensemble d'entretiens réalisés en 1974 où Brassens se livre à des confidences qui marquent bien leur grande complicité, ainsi que par les textes que Louis Nucera a écrits sur Brassens jusqu'en 1995, donc quelques années avant sa mort accidentelle le 9 août 2000.

    Son livre sur l’ami brassens

Mes ports d'attache, 1994, réédition éditions Grasset, 2007
«  Les choses ont bigrement changé depuis les années où ma mère me tenait la main pour traverser l’avenue des Diables-Bleus. L’homme s’est promené sur la lune. Il greffe des cœurs, des hanches. Il s’expose au sida quand naguère quelques gonocoques se chargeaient d’effaroucher. On étale dans des livres ou sur des écrans ce que l’on osait confier à un calepin intime. On fait de la laideur et de la grossièreté des buts. On conchie la langue française. Moi aussi j’ai changé. Mes journées me paraissent galoper de plus en plus vite. Le regard des filles ne me prodigue plus aucune promesse. Je conçois que, sans hypocrisie, le monde ne serait plus vivable. Que voulez-vous ! Le coup de poing a quitté ma panoplie d’arguments. Les temps de l’école communale sont bien révolus. »

C’est à son grand-père que Louis Nucéra doit cette passion du vélo qui ne le quittera jamais plus, « je suis venu au monde à l’ombre d’une bicyclette suspendue entre ciel et terre" écrit-il dans son autobiographie. Ce niçois aime par-dessus tout parcourir les roues pentues de l’arrière-pays et un jour de 1985, décide de refaire l’étape du tour de France Cannes-Briançon. Rude étape de montagne que sa femme suit… au volant de leur voiture.

         La passion du vélo

Il prend la route jadis empruntée par Napoléon 1er lors de son retour triomphal de l’île d’Elbe. Il se sent bien et grimpe avec facilité malgré une chaussée rendue glissante par la pluie nocturne. « Le col de Valferrière me semble aisé à grimper ; j’ai la précaution de le franchir lentement comme marchent les montagnards qi savent doser leurs efforts. » De Castellane au col d’Allos il pédale ‘facile’, notant « est-ce un leurre ? Je progresse assez bien dans le village, le plus souvent assis sur la selle. » Mais après La Foux, l’orage éclate, « des cieux, de la roche, sur le bitume, l’eau tombe drue et dévale. La montagne gronde. Elle fait aussi peur que la mer par mauvais temps. » Il est tout heureux d’arriver sans encombre à Barcelonnette où avec sa femme Suzanne, ils font halte le lendemain.

Le jour suivant, il repart sous un ciel bleu net limpide « grimper Pra-Loup et La Cayolle jusqu’aux gorges de Paluel puis du Bachelard. » Il est aux anges et note, radieux : « La roue est large, la visibilité et le revêtement parfaits. Dans la descente de Pra-Loup, je m’en donne à cœur joie. » Le lendemain, « le col de Vars est tout sourire », c’est la fête à Guillestre et il gagne ensuite Briançon par les gorges du Guil. Á peine arrivé écrit-il, « je m’empresse d’aller rouler à Névache dont le vieux nom d’Annavasca atteste l’antériorité de la présence des Ligures sur celle des Gaulois en cette vallée. » Á l’issue de ses pérégrinations cyclistes, il note dans son autobiographie : « Nous sommes… un peu tristes que le beau rêve prenne fin. Peut-être les rejets sont-ils une composante du bonheur ? »

Sa majesté le chat, réédition L'Archipel en 2008
« La société est coupée en deux : les antichats, les prochats. Méfiez-vous de la première catégorie [...]. Soyez confiants envers les hommes de qualité qui peuplent la seconde. La bonté est leur lot. Leur credo est esthétique ; le style leur raison d'être. Aimer les chats, c'est être du bon côté une fois pour toutes. » Que ce soit sur la butte Montmartre ou dans son appartement niçois, Louis Nucéra fut, comme son ami Georges Brassens, un grand ami des chats et il confia patiemment à ses "carnets de notes d'un amoureux", ses réflexions de tous ordres, ses souvenirs de compagnonnage avec ses "greffiers" favoris, doux tyrans de toute sa vie. « Il est des beautés qui excèdent le vocabulaire. Les chats appartiennent à cet ordre. Je puis en juger puisque j'habite chez eux depuis qu'il m'a été donné de voir. »

  Louis Nucéra : la passion des chats

Bibliographie sommaire

  • "L'obstiné", 1970, préface de Joseph Kessel
  • "Les chats « Il n'y a pas de quoi fouetter un homme »", 1973, "Entre chien et chat, 1983, "Les Chats de Paris" avec Joseph Delteil et "Sa majesté le chat", 2001
  • "Parc national du Mercantour. Montagnes du soleil" , avec Christine Michiels et Bertrand Bodin, 1998 et "Le goût de Nice", avec Jacques Barozzi, 2008
  • "Le Chemin de la lanterne", éditions Grasset, mai 1981, prix Interallié

Mes fichiers :
* Sur Brassens : Brassens, délit d'amitié, préface de Bernard Morlino, Éditions De L'Archipel, 2001, 240 pages

* Louis Nucéra dans les Alpes du sud : "Mes rayons de soleil", éditions Grasset, 1987

<<< Christian Broussas - Feyzin, 4 novembre 2012 - <<© • cjb • © >>>